Alzheimer Paris Familles

 

 

La Validation©

 

Conférence de Madame Kathia Munsch – Roux

le 23 Mars 2009 à l’Hôtel de Ville de Paris.

 

« Comment accompagner les personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer ? »

 

C’était le thème de la conférence si vivante et si riche qu’a faite le 23 Mars dernier Kathia Munsch-Roux à l’Hôtel de Ville de Paris. Cette conférence était organisée par l’Association Alzheimer Paris Familles en partenariat avec les Points Paris Émeraude des 15e-16e, 18e arrondissements et le Groupe B2V. Près de 200 personnes y ont participé : aidants naturels, aidants ou soignants professionnels, bénévoles, travailleurs sociaux, « aidants naturels potentiels », et personnes ayant jadis aidé un de leurs.

 

Dans son intervention, Liliane Capelle, Adjointe au Maire de Paris Chargée des seniors et du lien intergénérationnel, dit aspirer à la permanence de « vrais liens » avec les malades Alzheimer, même quand ceux ci « basculent dans une nouvelle planète ». Notre Présidente, Effie Roys, quant à elle, après avoir remercié le Maire, Liliane Capelle et leurs collaborateurs, présente Kathia Munsch-Roux et souligne que la présence de celle-ci est un véritable « cadeau d’anniversaire des dix ans de l’association Alzheimer Paris Familles ».

 

1) Au delà de la pudeur mais avec une affectueuse simplicité, « KM-R » parle des « Vieux ». Comment recueillir leur passé, leur vécu ? La validation©, c’est sauver ce qui en reste et savoir s’en servir. Dans « La plume du silence », le beau livre - témoignage de Jean Witt, la malade ne reconnaît plus son mari, mais elle lui parle sans cesse amoureusement de lui, et reconnaît que celui qui la garde maintenant est tellement charmant…

 

2) Savoir écouter, voilà une autre composante de la « validation ». Comme l’écrit Marie Balmary, « Il vient, il revient… Un jour, il ressent la parole qu’il vous adresse comme sienne, parce que vous l’écoutez d’une certaine façon, que vous l’accueillez, lui… » C’est NOUS qui sommes des handicapés de la communication. Nous nous servons beaucoup trop de notre cortex, pas assez de notre cerveau limbique, de l’archaïque, de notre cerveau émotionnel. Chez le malade Alzheimer (MA), le cerveau limbique n’est pas altéré, d’où la spontanéité du comportement du MA.

 

3) Il nous faut donc changer notre regard sur celui-ci. Sauver ce qui reste de ce cerveau et savoir s’en servir en changeant notre regard. Voilà encore de la validation ! Appliquons de manière concrète ce qui précède en prenant un exemple : on aménagera la chambre d’accueil d’un MA en la rendant assez semblable à celle que cette personne a connue chez elle. Tout cela stipule qu’il faut aimer le malade, « son prochain », le « sentir » comme l’on s’aime et se sent soi-même. Aimer le prochain comme soi-même…

 

Et « KM-R » de lancer : « Notre société, pourtant plutôt judéo-chrétienne occulte bien souvent un pan entier d'un de ces fondements : aime ton prochain, COMME TOI MEME ! » En effet, prendre etc., c'est bien ce que propose Naomi Feil aux aidants pour leur permettre d'être en mesure de pouvoir prendre soin de l’autre.

 

Tout en poursuivant son exposé, Kathia Munsch-Roux nous conduit à renouveler le sens de certains mots que nous utilisons si souvent, et à vivre ce renouvellement. Quelques exemples : accompagner, c’est être côte à côte, se mettre au rythme de l’autre, « donner la main, et non la prendre ». De même, « aider », c’est fondamentalement « savoir être avec ». Enfin, « soigner », c’est « prendre soin » et dans le cas de la MA, c’est donner à l’autre de l’attention. Quant à la désorientation, c’est une altération des sens dans un environnement qui ne change pas.

 

4) La Validation©, c’est reconnaître quelqu’un comme sujet, reconnaître sa valeur, sa personne, son histoire. Si loin, si proche pourtant, le MA vit dans un monde décalé de la réalité, ses comportements nous troublent, et pourtant, il a ses raisons ! D’où une démarche féconde : pourquoi sommes nous troublés ? Il importe de rétablir une relation significative et vivante au moyen d’une communication verbale et non verbale. S’appuyant sur Rogers, Jung, Freud, Piaget et bien d’autres, Naomi Feil construit sa méthode de validation, qui nous amène à viser chez le malade des souvenirs émotionnels, qui déclenchent l’activité de ce fameux cerveau limbique… Mais attention ! La Validation© n’est pas une psychothérapie.

 

5) Vient le soir de la vie du « vieux ». Faire le bilan et boucler sa vie en paix. Puis c’est « l’étape de résolution » : restaurer le passé pour survivre au présent, retourner dans le passé pour repérer les blessures, finaliser les tâches  inachevées, retrouver ses ressources et le sentiment de sa dignité.

 

6) En définitive, la validation vise à «permettre aux personnes malades de rester à leur domicile, restaurer le sens de leur propre valeur, réduire le stress, donner un sens à la vie, aider à résoudre les conflits non réglés du passé, réduire les recours à une contention physique et chimique, améliorer la communication verbale et non verbale, prévenir le repli sur soi et le glissement vers l’état végétatif, améliore l’allure et le bien être physique, apporter au personnel soignant plus de motivation et de plaisir à travailler, aider les familles à communiquer avec leur proche désorienté ». Elle peut s’appliquer aussi aux malades Alzheimer. L’esprit de la Validation© repose sur une perception profondément humaine de l’autre, au delà de ses manques. Elle porte à une intelligence du cœur et donne des règles qui facilitent le quotidien fonctionnement de cette intelligence. Règles simples mais exigeantes : savoir prendre appui sur ce qui reste du passé, du cerveau du  malade, changer le regard sur celui ci, savoir l’écouter et au besoin reformuler ce qu’il dit, pour qu’il puisse nommer lui- même les raisons de telle ou telle parole, la faire devenir parole vraie qui rend libre. Il faut être miroir… et garder à l’esprit que la qualité de la vie concerne le malade et aussi l’aidant et finalement la communauté qu’ils forment.

 

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La conférencière revient une fois encore sur la relation à l’autre, qui consiste à la fois à l’observer et à s’en approcher. Dans la première démarche, il faut sentir, et aussi faire le miroir. Dans la seconde, il faut percevoir les frontières de l’autre, et avoir le sens de la « bonne distance ». Le tout en accompagnant sans juger, rejoindre l’autre dans sa dignité.

 

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Notre très brillante conférencière, compétente et passionnée, profondément humaine, créa une atmosphère chaleureuse car elle rayonnait tout ce qu’elle disait. Tout se termina par un sympathique cocktail, dans le plaisir partagé de nos engagements semblables.